Erick Roux de Bézieux, écuyer de la blogosphère lyonnaise
Quadra au prénom à consonance germanique, père de quatre enfants, Erick Roux de Bézieux, abonné du carnet mondain, est un bon vivant qui a fondé avec Romain Blachier es qualité de Grandgousiers associés le cercle des Rugissants où une assemblée de francs-machons ripaille (manger copieusement) à la brune (tombée du jour) quelque bonne pitance (bon repas) avec vinasse gouleyante (bon vin) pour odir (entendre) une personnalité qui est passée à la géhenne (torture). Erick Roux de Bézieux babillarde (parle) beaucoup, adore la gab (plaisanterie), mais ignore les haguenauds (niais), méprise les boulgres (hérétiques) et la coquardie (sottise), et n’hésite pas à remettre en place les brics (coquins). Le cercle des Rugissants a été fondé par deux personnalités idéologiquement antagonistes (l’une de droite, l’autre de gauche) et réunit l’essentiel des tendances démocratiques de l’échiquier politique.
Sur son blog, il dévoile avoir fait ses premiers pas de militant giscardien à l’âge de 15 ans, en 1981. Se définissant comme libéral, social et européen, il a été élu de Lyon durant 13 ans (de 1995 à 2008) et exerça les mandats de conseiller municipal de Lyon, maire adjoint du 6e arrondissement de Lyon, délégué au développement économique et aux relations internationales, et de conseiller communautaire au Grand Lyon. Ayant connu successivement la victoire avec Raymond Barre, la défaite en demi-teinte avec Charles Millon et la disgrâce avec Dominique Perben, il a décidé de se recentrer sur sa vie professionnelle, dans la communication et les affaires publiques, mais reste néanmoins un militant actif pour qui « servir est un mot qui a une vraie résonance ». Président de la Maison de la Francophonie depuis deux ans, il continue à s’investir avec dynamisme dans l’espace public mais sans mandat électif.
Ceux qui se nomment aujourd’hui les « Bassy » lyonnais (du nom du triangle d’or Bellecour-Ainay-6e) ne fréquentaient pas tous les rallyes de la baronne du Marais dans les années 80 car le second ne frayait pas avec le sixième et encore moins avec les hauteurs de l’agglomération. La jeunesse dorée Lyonnaise ne se mélangeait pas encore tout à fait comme aujourd’hui, les bonnes manières servaient de cordon sanitaire pour se préserver des nouveaux riches aux mœurs les plus ostentatoires. Heureusement, ses études à l’université et la politique lui ont permis de fendre en partie ce carcan. Familialement originaire du 2e arrondissement, il fut l’élu du 6e. D’une réserve de droite à une autre certes, mais de la rive droite à la rive gauche ce qui, aux dires de certains vieux lyonnais ne se faisait pas !
Son aïeul, Jean-Antoine Roux fut élu échevin de Lyon au 18e siècle. Ceci permit à la famille originaire d’Ardèche et de Savoie d’entrer dans la noblesse « de cloche » (ce nom vient du fait que l’élection des officiers municipaux se faisait ordinairement au son du beffroi de l’hôtel de ville), partie intégrante de la noblesse « de robe » de l’Ancien Régime. Dans la droite ligne d’une famille qui a toujours servi la ville ou l’Etat, Erick Roux de Bézieux a été élu à la mairie du 6e arrondissement selon les rites de la République et sous la protection de ses symboles. Avec une pointe de provocation, il pourrait se définir comme un monarchiste constitutionnaliste, dans la droite ligne de l’utilisation de la constitution de la Ve République par la majeure partie des présidents, mais sans pour autant être enclin à brandir le drapeau blanc d’Henri IV en lieu et place du tricolore.
A la formule de Charles Maurras : « La démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort » (cf. L’Enquête sur la monarchie), il oppose celle de Winston Churchill : « La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire », sans pour autant la prononcer dans la langue de la perfide Albion. Il est à noter qu’il fut l’un des rares élus, avec Gérard Collomb, à oser accueillir à l’hôtel de ville de Lyon Son Altesse Louis de Bourbon, duc d’Anjou, lors de sa venue à Lyon en 2000 avant que Raymond Barre ne le reçoive brièvement, et hors caméras, pour un entretien privé. Le tout sans toutefois arborer ni fleurs de lys ni chevalière outrancière, contrairement à son meilleur ennemi, surnommé par la presse “red pants” en référence à son pantalon rouge usé jusqu’à la corde pendant la campagne des dernières municipales, qui a obtenu sa tête et celle de son équipe lors des dernières municipales, sans être en mesure pour autant d’occuper le siège de maire du 6e …
Restons à l’Hôtel de Ville de Lyon et à sa vie politique, Erick Roux de Bézieux salue la lisibilité médiatique du travail d’Emmanuel Hamelin, notamment sur les dossiers du Grand Stade ou de la SACVL. En revanche, il se désespère que l’opposition municipale à Gérard Collomb soit la plupart du temps inaudible, malgré les qualités de Michel Havard qu’il estime légitime dans le rôle de premier des opposants, mais hélas d’une façon encore peu perceptible. L’initiative de Denis Broliquier de partir en chevau-léger à la reconquête de la ville, et malgré sa sincère amitié, ne semble pas suffisamment forte pour être en position de peser efficacement dans le débat.
Si chacun peut observer que Michel Noir adopte une posture de juge des élégances vis-à-vis de la politique lyonnaise, et notamment depuis la disparition de Raymond Barre (le 25 août 2007), Erick Roux de Bézieux déplore surtout qu’il s’arroge le privilège d’écrire lui-même la morale d’une histoire qu’il a contribué, dans le passé, à discréditer.
En ex-UDF forcément décentralisateur, donc girondin (sous la Convention, les députés Girondins, partisans d’une assez large décentralisation, s’opposèrent aux Jacobins, tenants d’une République unitaire), il estime que la réforme territoriale à venir manquera de dynamique, voire d’efficacité. Pour lui, elle devrait être forcément révolutionnaire et se ranger au principe de subsidiarité pour qu’à terme, il ne subsiste plus que deux niveaux de collectivités : le rassemblement de communes sous toutes ses formes pour le quotidien dans ses différentes dimensions, et la région pour tout ce qui est stratégique. Or, ce combat lui semble relégué aux calendes grecques par le Président Sarkozy, malgré les excellentes propositions de la commission Balladur.
Plus prosaïquement, dans un contexte électoral peu favorable pour la droite, il espère que les combats fratricides qui s’annoncent à Lyon pour les cantonales seront évités grâce à des accords qui obèreront l’éventualité de triangulaires suicidaires. Tout en restant à l’écart des grandes manœuvres politiciennes qu’il observe néanmoins avec gourmandise, il reviendra ainsi à ses premières amours, le militantisme de base. Tractage et porte-à-porte seront donc au programme des prochains mois sur sa terre d’élection, au service des candidats les plus représentatifs du rassemblement de la droite et du centre … On risque d’en entendre parler sur son blog !
Publié le 30 août 2010, dans Portraits et tagué ex-UDF, francs-mâchons, giscardien, Grandgousier, Rugissants. Ajouter aux Favoris le permalien. 16 Commentaires.
Celui qui fuit les haguenauds et la coquardie compose bien souvent avec un huguenot cocardier.
Heureusement l”Erick que l’on connait recèle des profondeurs et des chantournements bien peu saisissable en un seul portrait…
Et puis gardons en mémoire qu’il sera maire de Lyon en 2014 !
hugenot cocardier “européiste” et “localiste” plutôt que nationaliste mais patriote malgré tout!
Merci Griffon Rugissant ! J’en rougis…
Ce fut un plaisir de me documenter un peu sur l’histoire de Lyon avant de t’interviewer et d’écrire ces quelques lignes.
Autant commenter la photo moi même avant qu’un observateur attentif ne le fasse ! Oui la photo est ancienne, elle a au moins 5 ans. J’en avais envoyé une plus récente au Griffon et il a choisi de pomper celle la ailleurs. Pas grave, yé né pas changé ! Enfin presque !
Un petit peu plus grisonnant… La photo date plus de 8 ans que de 5 !
Un très bon portrait, cher Griffon dans lequel on retrouve bien l’Erick que l’on connaît !
Bien vu
En ce qui concerne la photo, elle avait surtout un format proche de ce dont j’avais besoin. Mais je laisse chacun méditer cette citation de Sébastien-Roch Nicolas dit “Chamfort”, auteur dramaturge contemporain de la révolution française, qui vient relativiser la nécessité d’avoir une image fidèle au temps qui passe …
“Le moment où l’on perd les illusions, les passions de la jeunesse, laisse souvent des regrets ; mais quelquefois on hait le prestige qui nous a trompé.”
Sympa la photo !!! Me semble d’ailleurs très bien la connaitre !!!!!!!
Belle illustration d’un beau portrait !
J’ai apprécié apprendre que l’université et la politique avez permis de briser les chaînes éducatives de Mr Roux de Bézieux. Néanmoins, quid de ses années de service militaire ? Ma curiosité est extrême ! Je souhaite tout savoir maintenant ! La boîte de Pandore est enfin ouverte ! Profitons mes amis de toutes les confidences nous permettant l’humilité salvatrice !
@Kevin. J’ai été réformé, non pas en raison d’un manque d’esprit (à l’époque, avant la réforme de la conscription de 1997, les réformés P3, pour vraie fausse raison psychologique étaient légion) mais pour un problème physique. Bien vu…
Epicurisme, humour, “lyonnaiseries”, références historiques, et quand même “un peu” de politique (avec clins d’yeux et piques bien sentis…) : le portrait est conforme au personnage que l’on connaît ! Bon, pour la photo, en revanche, une mise à jour serait nécessaire, même si l’esprit et la fougue sont toujours celles d’un “jeune Padawan”…
)
@ Erick,
C’est dommage, je m’imaginais mettre à jour une face cachée et surtout une filière illégale qui avait permis de réformer toute la jeunesse dorée lyonnaise des années 80…
@Kevin. Raté, quoiqu’en cherchant bien… Et pour répondre à une question posée sur mon blog, je n’ai pas les pieds plats. C’était juste “le dos, le dos”, comme auraient pu se lamenter les médecins du
Bourgeois GentilhommeMalade Imaginaire!Encore un très bon portrait Griffon.
C’est tout ERB !
Hugunot europeiste voila qui me sied. Sinon beau portrait de l’ami Erick.
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